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Août 2021

Big Bang no 95 - France (31 mars 2016)

Les Ă©clucubrations de Christian.

 

En 2007, le suisse Christian Fues, "guitariste, musicien autodidacte et non professionnel" (c'est ainsi qu'il se prĂ©sente sur son site), aidĂ© de quelques amis, arrivait Ă  nous enthousiasmer (cf Big Bang # 67) en redonnant l'Ă©clat athomique de la jeunesse, sous le nom de Trocarn II, Ă  un disque vieux de 30 ans et qui allait ĂȘtre l'unique production du groupe Trocarn, une sorte de Ange helvĂšte. L'annĂ©e suivante, en 2008, Christian Ă©laborait, de nouveau sous le nom de Trocarn, une intĂ©ressante compilation de ses titres prĂ©fĂ©rĂ©s parmi les nombreuses compositions de la longue carriĂšre (son "hobby persistant"), s'Ă©tendant de 1974 Ă  aujourd'hui, Ă©maillĂ©e d'albums en solo, en duo ou en groupe. Ce qui nous permettait de mesurer le chemin parcouru depuis ses premiĂšres compositions influencĂ©es par les piĂšces acoustiques de Genesis et par le premier King Crimson, suivies des chansons sobrement accompagnĂ©es Ă  la guitare acoustique et Ă©lectrique dans la veine un peu dĂ©suĂšte du terroir chĂšre aux premiers albums de Ange. Mais ce qui Ă©tait le plus Ă  mĂȘme d'Ă©veiller un intĂ©rĂȘt notable et durable en nous, inconditionnels des musiques progressives, restait l'album Trocarn de 1977 et sa superbe rĂ©vision radicale de 2007.

 

Depuis cette compilation, nous n'avions pas eu de nouvelles musicales de Christian Fues, mais je sais qu'il y connu, comme probablement la plupart d'entre nous, des drames, des joies et des peines. Nous retrouvons la trace d'un certain nombre d'entre eux sur Elucubrations, le nouvel album de Trocarn que nous pourrions un peu facilement rebaptiser "Les Ă©lucubrations de Christian", soulignant ainsi le fait qu'il a Ă©tĂ© pratiquement seul Ă  le rĂ©aliser, de la composition et l'interprĂ©tation Ă  la crĂ©ation artistique des pochettes du digipack. Elucubrations est un disque rĂ©ellement attachant que j'ai plaisir Ă  dĂ©fendre, malgrĂ© ses rares et relatives faiblesses (quelques imperfections stylistiques sur "Logic's Oh Yeah Celebration") ou parti-pris bizarres (le mixage en retrait de certaine parties chantĂ©es nous empĂȘchent de comprendre les textes au demeurant intĂ©ressants) qui par contraste rendent encore plus brillante la rĂ©ussite de l'ensemble de l'album.

 

Qui n'a pas succombĂ© Ă  la facilitĂ© de mesurer un disque Ă  l'aune de ce que nous pensons ĂȘtre les influences par toujours conscientes de l'artiste, ses rĂ©fĂ©rences plus ou moins assumĂ©es ou les citations plus ou moins explicites incluses dans son oeuvre ? Au-delĂ  du cĂŽtĂ© ludique de l'exercice, ce petit jeu rassure, au moins le chroniqueur, si ce n'est le lecteur. Avec Elucubrations, l'exercice est difficile et pĂ©rilleux. On serait tentĂ© de citer Mike Oldfield (celui des grands albums des seventies, mais pas seulement) comme principale source d'inspiration (les programmations rythmiques, les percussions, les chƓurs, les cordes symphoniques en intro de "Music", les chorus de guitare aigĂŒes, la construction de "Logic's", les marimba du dĂ©but de "Cloud's" Chaser"...), mais ça n'est certainement pas la seule (Steve Hackett et Anthony Philips comme emblĂšmes vernaculaires, Ange comme lointain cousin de coeur, Archive comme pont entre le passĂ© et l'avenir...) et elle est suffisamment bien assimilĂ©e, intĂ©grĂ©e Ă  la sensibilitĂ© trĂšs personnelle de Fues que sa musique, incomparable, et capable de nous emmener trĂšs loin, parfois plus loin que le meilleur d'Oldfield lui-mĂȘme, en nous faisant ressentir des Ă©motions qui Ă©quivalent Ă  faire l'amour avec le vent, le vent qui s'emballe, lentement, se dĂ©double, nous contourne, revient et nous pĂ©nĂštre.

 

Bien entendu, on ne retrouve pas le niveau exceptionnel d'un "Ommadown Part One" qui ensuite nous rendait incapable d'Ă©couter quoique soit d'autre pendant plusieurs heures (Oldfield lui-mĂȘme n'a jamais fait mieux); mais par sa diversitĂ© thĂ©matique, sa puissance mĂ©lodique, son intensitĂ© dramatique, son Ă©lĂ©gant stylistique, son inspiration de tous les instants, son lyrisme nuageux, ces successions d'harmonies, d'accords et d'arpĂšges somptueux qui apparaissent, se fixent dans le ciel et sans prĂ©venir disparaissent sous nos yeux avec le soleil, ses montĂ©es chromatiques inattendues vers le ciel, Elucubrations s'en approche et c'est inespĂ©rĂ©.

 

Mais Elucubrations n'est pas une oeuvre nostalgique et passĂ©iste. "The World Is.." qui souligne la folie du monde actuel, morceau imprĂ©gnĂ© de synthĂ©s et de programmations Electro, en son Thomas Dolby stĂ©rĂ©o, est placĂ© aux avant-postes pour nous le dĂ©montrer. At Home Production, peut-ĂȘtre, mais dans ce cas, c'est une maison moderne et favorable et l'inspiration et la crĂ©ativitĂ©.

 

Un autre morceau rĂ©vĂšle particuliĂšrement l'ambition artistique du disque. Mais comment dĂ©crire convenablement "Music" ? PlutĂŽt compter les gouttes dans une flaque d'eau. La partie chantĂ©e et une ode composĂ©e il y a plusieurs dĂ©cennies, une sorte de dĂ©claration d'amour Ă  la musique au sens large mais le dĂ©veloppement musical qui s'Ă©tend sur les 10 minutes suivantes, et un surprenant et aventureux morceau de bravoure, ouvert aux musiques sous des formes les plus variĂ©es, de la samba au reggae en passant par la valse triste et le prog symphonique ou mĂ©tallique. L'intermĂšde world music, qui peut paraĂźtre incongru lors de la premiĂšre Ă©coute, exploite le thĂšme principal sur un rythme et des arrangements  qui vous englobent et vous donnent l'impression d'ĂȘtre la poussiĂšre de la terre virevoltant sous le ciel du BrĂ©sil et de la JamaĂŻque.

 

"Cloud's Chaser" (8:10) est l'autre piĂšce majeure, avec ses textes aussi dĂ©chirants que sobres et pudiques. Je crois qu'Hemingway disait Ă  peu prĂšs ça : "mon meilleur psy, c'est ma corona" (pas la biĂšre mais la machine Ă  Ă©crire). Le revoilĂ  peut ĂȘtre le vieux principe de la guĂ©rison par les mots, frĂšres de souffrance, jusqu'Ă  ce que la joie salvatrice finisse par dominer et dĂ©passer la douleur. MĂȘme la partie instrumentale qui remplace ces mots douloureux semble venir de loin, du fond de l'ĂȘtre, calme mais persistante comme une pluie fine, avec un battement plus silencieux que des feuilles qui tombent. L'esprit accompagne alors la musique jusqu'au coeur du bien-ĂȘtre. La raison flotte, la notion du temps disparait, remplacĂ©e par la sensation de se perdre jusqu'Ă  notre dernier souffle. Ce souffle qui chasse dĂ©finitivement les nuages...

 

Alain Succa

Trocarn : "Elucubrations" (2015) Sui - Athome Production - 58:12

http://www.bigbangmag.com/

 

I N T E R V I E W :  Voir article (PDF)

BigBang no 95 Elucubrations
2,4 Mo
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Cosmos Music - France (15 janvier 2016)

Sept ans aprĂšs avoir redonnĂ© vie Ă  l’unique album de Trocarn, paru dans la plus grande confidentialitĂ© en 1977, Christian Fues, aujourd’hui seul maĂźtre Ă  bord, a enfin dĂ©cidĂ© d’en proposer une suite. Il Ă©tait temps en effet, car le bonhomme, multi instrumentiste Ă  la sensibilitĂ© dĂ©bordante, possĂšde une personnalitĂ© artistique Ă  nulle autre pareille. Humble artisan musical, Christian Fues offre ici une Ɠuvre originale, constituĂ©e de 8 morceaux (de 2 Ă  13 minutes) qui forment un tout harmonieux et poĂ©tique. Toujours situĂ© dans le sillage de Genesis et d’un certain prog Ă  la française (le phrasĂ© et la poĂ©sie des quelques parties chantĂ©es), Elucubrations s’en dĂ©marque cependant ici plus que sur son devancier et Ă©voque le symphonisme inspirĂ© et inspirant de Ashes Memory de Pulsar. On y retrouve en effet la mĂȘme rĂ©fĂ©rence aux annĂ©es 70, mais accompagnĂ©e d’une plus grande  modernitĂ© formelle, au services de mĂ©lodies toujours trĂšs soignĂ©es et d’une magnifique musique trĂšs souvent cinĂ©matique. http://www.cosmosmusic.fr/

Progpulsion - France (15 juillet 2007)

Au dĂ©part, Trocarn est un LP tirĂ© Ă  1000 ex en 1977, que son auteur a rĂ©enregistrĂ© pour lui redonner des couleurs. La bonne idĂ©e! Voici un sympathique album aux contours symphoniques et dĂ©licats, pouvant rappeler la mĂ©lancolie de PULSAR, ou encore Harmonium, Ange et Genesis. La boĂźte Ă  rythme, plutĂŽt bien employĂ©e ne dessert pas un rĂ©sultat final convaincant. A dĂ©couvrir donc!  (site fermĂ© en 2012)


Garden Shed- Japon (27 aoĂ»t 2007)

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Big Bang no 67 - France (15 octobre 2007)

Il est toujours agrĂ©able de recevoir une bonne surprise. Ce disque en est une, sortie des rives du lac LĂ©man (Nyon en Suisse). EnregistrĂ© en une semaine en 1977, Ă©ditĂ© en version vinyle Ă  un millier d’exemplaire seulement, on ne peut pas dire que la parution de l’unique album de ce groupe francophone ait bouleversĂ© les foules Ă  l’époque.

 

30 annĂ©es aprĂšs, une version CD voit le jour ; hasard du calendrier ou contexte favorable, Ă  peu prĂšs en mĂȘme temps que le nouveau et inattendu Pulsar auquel il renvoie involontairement sur le plan musical. Et mĂȘme si la dĂ©marche des deux groupes est diffĂ©rente, les timbres de voix des chanteurs, leur sensibilitĂ© en tant que guitariste, les ambiances fragiles et nuageuses, les fortes Ă©vocations d’un certain passĂ© glorieux du prog’ symphonique sont autant de correspondances qu’il est difficile d’ignorer.

 

Si l’effort crĂ©atif de Pulsar avec leur rĂ©cent Memory Ashes constituĂ© de compositions inĂ©dites, semble Ă  priori plus Ă©vident, celui de Trocarn II qui reprend la plupart des compositions du Trocarn premiĂšre mouture, est tout compte fait plus impressionnant. En effet, Christian Fues , guitariste suisse (que nous reste t’il aujourd’hui en mĂ©moire du prog’ suisse francophone? Galaad ?) et principal artisan de Trocarn, a pour l’occasion bien fait les choses et ne s’est pas contentĂ© d’un dĂ©poussiĂ©rage de surface. Il a pris l’option radicale de retravailler l’ensemble de son oeuvre originelle, de complĂ©ter et de prolonger les mĂ©lodies ainsi mieux maĂźtrisĂ©es, d’étoffer et de rĂ©arranger les harmonies puis de rĂ©enregistrer le tout dans son home studio avec la technologie actuelle l’ensemble de l’oeuvre originelle. En prenant mĂȘme soin d’inviter certains des membres fondateurs du groupe. On obtient Ă  la sortie une oeuvre singuliĂšre, moderne et classique Ă  la fois. Et Ă  partir d’un disque de prog’ tranquille, catĂ©gorie « terroir et dĂ©sespoir Â», qui en 1977 ne fonctionnait qu’à moitiĂ©, comme si le Lavilliers de « Betty » se serait piquĂ© de faire du Pulsar, on obtient une vraie fusĂ©e de prog’ intemporel, gorgĂ©e d’émotion Ă  fleur de peau et de moments de grĂące; comme si le Pulsar emportĂ© par le vent de Strand of The future Ă©tait culbutĂ© par l’Ange Ă  l’inspiration magnifiĂ© de Guet Apens (1978), ce qui est particuliĂšrement flagrant sur « Malaise » (5 :41), troublante chanson semi acoustique qui, dĂ©jĂ  en 77 prĂ©figurait le ton qu’allait donner Ange au morceau «Le Berger».

 

Bien qu’il soit apparemment plus aisĂ© de crĂ©er Ă  partir d’une matiĂšre dĂ©jĂ  existante que de le faire ex-nihilo, ce foisonnement d’idĂ©es, ces jaillissements d’inspiration, venant qui plus est du cerveau d’un seul homme, sont dignes du plus grand intĂ©rĂȘt voire d’éloges que je n’hĂ©site pas une seconde Ă  faire, comme si ce disque rafraĂźchissant avait Ă©tĂ© fait pour ma propre jouissance. Car me voilĂ  une fois de plus sĂ©duit sans trop de rĂ©serve par du prog’ produit Ă  l’ombre des Alpes. A tel point que j’en oublierais presque les inĂ©vitables limites de la dĂ©marche : une production honorable, plus inventive que flamboyante, le chant de Christian Fues plus attachant que puissant, les programmations rythmiques, discrĂštes et variĂ©es, qui ne peuvent faire oublier l’absence du vrai batteur du groupe d’origine.

 

DĂ©tails que tout cela. La nouvelle version de Trocarn fonctionne Ă  merveille. De l’extraordinaire « NaĂŻf » (9 :50), croisement entre Steve Hackett et le meilleur Ange symphonique, Ă  « Le Paysan » (21 :52) qui m’émeut comme ont pu m’émouvoir les deux pĂ©pites d’Hecenia ou certaines oeuvres particuliĂšrement inspirĂ©es de XII Alfonso, et dont le final rĂ©pĂ©titif devrait imprĂ©gner nos esprits aussi longtemps que l’a fait en son temps celui de Shadow Of The Hierophant (Hackett – 1975), un morceau engendre l’autre avec sincĂ©ritĂ©, humilitĂ©, simplicitĂ© qui sont l’inverse de la facilitĂ© et qui n’empĂȘchent pas l’inventivitĂ©; avec une absence de vulgaritĂ©, tout droit sortie d’une Ă©poque rĂ©volue, loin des chemins dĂ©monstratif et maintes fois piĂ©tinĂ©s qui font passer un riff de guitare hard prog pour le summum de la crĂ©ativitĂ©; et avec une Ă©motion qui pourrait passer pour de la sensibilitĂ© mais qui reprĂ©sente quelque chose d’extrĂȘmement important, car elle permet Ă  l’homme sensible qui la crĂ©e ou Ă  celui qui la reconnaĂźt et l’apprĂ©cie, de ressentir Ă  quel point l’art est une force nĂ©cessaire dans nos sociĂ©tĂ©s souvent douloureusement mauvaises.

 

Le sens de la vie a le goĂ»t de ce genre d’oeuvre, tombĂ©e de nulle part et qui laisse une belle empreinte sur le point d’impact. Habituellement, le temps est cĂ©lĂšbre pour ses travaux de dĂ©molition. Mais ici, la vie et le temps ont reconstruit quelque chose d’unique Ă  partir de la mĂ©moire, de la volontĂ© d’un homme et de son amour de la musique progressive des seventies, du romantisme des premiers Genesis (les arpĂšges du « Paysan » ou celles du « CondamnĂ© ») Ă  la fiĂšvre de Shylock, le tout ciselĂ© avec une finesse d’estampe japonaise proche de celle d’un Vermillon Sand et enluminĂ© de l’or de nombreux chorus de guitare Ă  la beautĂ© de lĂ©gende. En respectant ses idĂ©aux, Christian Fues nous propose avec Trocarn II un album qui coule de source et pour une fois, c’est l’eau qui pourrait donner des leçons Ă  la source.

 

Alain SUCCA

http://www.bigbangmag.com/

 

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Article Trocarn BigBang 2007
2,4 Mo
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KOID'9 no 63 - France (17 octobre 2007)

Il n’est pas Ă  proprement parler la rĂ©Ă©dition en CD de l’unique album vinyle de ce groupe suisse francophone, paru initialement en 1977. En rĂ©alitĂ© tous les morceaux ont Ă©tĂ© rĂ©enregistrĂ©s avec les technologies actuelles, mais avec le souci de conserver l’état d’esprit et les sonoritĂ©s de l’époque. De lĂ  vient le numĂ©ro « II ». Deux titres ont Ă©tĂ© ajoutĂ©s qui n’apparaissaient pas dans l’album d’origine : « The One » et « La petite fille de l’air », et dans un souci perfectionniste quelques idĂ©es nouvelles ont Ă©tĂ© incorporĂ©es. Il fallait ĂȘtre sacrĂ©ment gonflĂ© en 1977 pour sortir un disque pareil, complĂštement Ă  contre courant de tout ce qui se faisait Ă  l’époque. Je ne suis pas sĂ»r que les ventes aient Ă©tĂ© fructueuses Ă  l’époque, mĂȘme sur le millier d’unitĂ©s Ă©ditĂ©es, et de toute façon sur un plan purement artistique cela n’a pas grande importance.

 

Christian Fues est le principal instigateur de l’entitĂ© Trocarn dont il assure guitares, basse, claviers, programmation batterie, synthĂ© et chant. La voix de sa fille Melanie est utilisĂ©e, de mĂȘme que celle de Frank Grosset dans le rĂŽle du « paysan ». Surtout il a pu convaincre Christian Pidoux (clavier et bassiste du groupe d’origine) de se joindre au projet. Enfin, Serge Castellano est venu poser son saxo pour un trĂšs beau solo dans « Jonathan ».

 

La grosse voix de Christian Fues est trĂšs proche de celle de Christian DĂ©camps, ce qui tend Ă  rapprocher Trocarn avec Ange, ou plus prĂ©cisĂ©ment de son cousin vocal Bernard Lavilliers. Dans l’ensemble les parties vocales sans ĂȘtre dĂ©plaisantes ou dĂ©placĂ©es ne m’ont pas emballĂ©, surtout les interventions de Franck Grosset dans le rĂŽle du « Paysan ». Son interprĂ©tation trop retenue ne fait pas preuve d’une grande conviction, on aurait aimĂ© plus d’outrance afin de coller au mieux Ă  l’histoire. Cependant l’essentiel du disque est instrumental. La tonalitĂ© est principalement acoustique et assez dĂ©pouillĂ©e, avec une dimension rock rĂ©duite au minimum. Il est un peu regrettable d’avoir eu recours Ă  des programmations rythmiques, car tant qu’à rĂ©enregistrer d’anciens morceaux, autant faire appel Ă  un vrai batteur, mais je suppose que cela n’a pas Ă©tĂ© possible. Cela dit, Ă©tant donnĂ© la dominante acoustique et atmosphĂ©rique de la musique, l’aspect rythmique est secondaire et on oublie bien vite ce petit dĂ©faut.

 

Les textes sont lĂ©gers et sans prĂ©tention, parfois mĂȘme un peu naĂŻfs, basĂ©s sur des thĂšmes proches de la nature et de l’imaginaire. De tout cela Ă©mane donc un cĂŽtĂ© trĂšs romantique, poĂ©tique et hors du temps, oĂč l’ombre de Mike Oldfield est souvent palpable, caractĂšre accentuĂ© par une proximitĂ© des sons de guitare Ă©lectrique. L’emploi trĂšs frĂ©quent de doux arpĂšges de guitares, entrelacĂ©s ou non, fait penser au travail de Anthony Philips et Steve Hackett dans les premiers Genesis. Les claviers sous forme de nappes ou aux sonoritĂ©s symphoniques apportent une douceur et une suavitĂ© et l’on retrouve actuellement plus souvent chez les reprĂ©sentants sud-amĂ©ricains du rock progressif que dans nos contrĂ©es europĂ©ennes. Un passage sautillant, quasiment folklorique, sur « Le condamnĂ© – partie 3 » apporte Ă  un moment une petite touche bienvenue de Yann Tiersen, ce musicien lui aussi hors mode, compositeur entre autre de la B.O. du film « AmĂ©lie Poulain ». L’album se termine par « Le paysan », plus long morceau du haut de ses 22 minutes. On n’est que moyennement convaincus de la nĂ©cessitĂ© d’une telle durĂ©e pour une telle musique plutĂŽt avare en rebondissement, mais aucune faute de goĂ»t ne pointe le bout de son nez.

 

Vous l’aurez compris les fans exclusifs de musique dĂ©monstrative et dĂ©bridĂ©e passeront leurs chemins. Les amateurs de progressif chantĂ© en français, d’atmosphĂšres sereines introverties et de douces mĂ©lodies caressantes devraient trouver leur intĂ©rĂȘt parmi les 8 morceaux dĂ©licatement tissĂ©s et rafraĂźchis par ce mini-groupe.

 

Michael FLIGNY

http://www.koid9.net/

Art07 Koid 9 63 Trocarn
2,2 Mo
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Harmonie Magazine No 61 - France (16 novembre 2007)

Et ben mes gaillards, c’est l’époque qui veut ça ou quoi ? Une rĂ©Ă©dition pile trente ans plus tard d’une petite perle monalisesque de chez nos voisins francophones de Suisse ! Trocarn, appelĂ© II mais faut pas s’y fier, c’est bien le seul et unique album qui se voit rĂ©Ă©ditĂ© tant d’annĂ©es aprĂšs sa parution confidentielle. II porte ce nom car il s’agit d’une vĂ©ritable rĂ©surrection laser d’un bon vieux vinyle, augmentĂ© de deux titres supplĂ©mentaires.

 

L’aventure pour Christian Fues a commencĂ© en juillet 2001 quand il dĂ©cide de rĂ©actualiser l’album de sa jeunesse en ressortant sa vieille guitare qui ne l’a jamais quittĂ©. Six ans de boulot avec le concours du bassiste et claviers d’origine, Christian Pidoux, de sa fille MĂ©lanie Fues pour les voix, Frank Grosset en narrateur et Serge Castellano au saxo pour enjoliver, rajouter, fignoler sur ce qui existait (mal) ou pas Ă  l’époque du vinyle. Joli travail de rĂ©chappage pour un album qui ne manquait pas de joliesse, bien dans l’air du temps progressif de 77, Ă  la jointure du progressif qui semblait s’installer et du punk qui n’allait pas durer. Un opus typiquement français par son esprit, sa musique, ses dessins de pochette et encore cette naĂŻvetĂ© folklorique si chĂšre au progressif de langue française.


Oh, Christian Fues n’est pas non plus restĂ© inactif durant ces trente annĂ©es, tĂ©moin ces nombreux albums solo ou sa participation Ă  Moonchild mais c’est au fond sa premiĂšre histoire d’amour avec la musique qu’il a voulu restituer, le son revu et corrigĂ© Ă  l’aune de l’ordinateur. Une gracieuse rĂ©crĂ©ation rafraĂźchissante qui n’a pris que les rides que certains voudront bien y discerner plutĂŽt que de se laisser aller aux charmes passĂ©istes d’un prog’folk enchanteur.

 

Bruno VERMISSE

http://www.harmonie-magazine.com

Art08 Harmonie 61
980 ko
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ProG RĂ©siste No 52 - Belgique (30 avril 2008)

D’abord replacer la chose dans son contexte. Son historique. Car ça en vaut la peine. Ce n’est pas tous les jours. Un tel projet. Avec de l’investissement. Du travail. Et du sentiment. Genre, passion. Genre, obstination. Voire mĂȘme amour, cĂŽtĂ© frissons. Et cet album m’en a donnĂ© quelques-uns, cĂŽtĂ© Ă©chine, des frissons.

 

L’ñme, c’est Christian Fues (compositeur et multi-instrumentiste), co-fondateur de TROCARN. Pour un I (1977) enregistrĂ© en 10 heures de studio, Fues investit 6 ans de « loisirs Â» dans le II : RĂ©Ă©criture et rĂ©interprĂ©tation de l’album d’origine (moins un morceau, dont l’auteur est « introuvable Â», plus deux morceaux simplement « live Â» Ă  l’époque), bien plus qu’un simple rĂ©enregistrement. RĂ©sultat ? Des arrangements qui coulent comme eau dans la main, inspirĂ©s et prĂ©cis, des compositions qui s’envolent, comme hirondelles au soleil, sensibles et peaufinĂ©es, dans la meilleure tradition symphonique, dont Ange ou Genesis – quand ils Ă©taient en forme – nous ont fait profiter.

 

Les perles : j’ai un faible pour le NaĂŻf – et peu importe le qu’en-dira-t-on, Lecteur, j’assume pleinement ce penchant poĂ©tico-lyrique : tout y est, les Ă©lans et les ardeurs, les changements de rythme, la fougue des instruments, la candeur des textes. De mĂȘme pour la « Petite fille de l’air Â», qui me transporte furieusement du cĂŽtĂ© de Musical Box. The One surprend par son intro au violoncelle, que la cloche titille ensuite, avant de s’envoler dans un solo digne de Steve Hackett et de s’étourdir d’une Ă©tonnante partie de grandes orgues. Jonathan , avec son Ă©lĂ©gante intro au clavecin, s’articule autour d’un texte naĂŻf mais touchant, bercĂ© avec douceur avec la guitare, tantĂŽt acoustique, tantĂŽt Ă©lectrique, Ă©picĂ©e d’un opportun solo de saxophone. La grosse piĂšce (Le paysan, 20’37) nĂ©cessite une Ă©coute « Ă  la lorgnette Â» pour se transformer en (trĂšs) belle piĂšce, en particulier pour intĂ©grer les parties vocales moins immĂ©diatement (mais on a le temps, Lecteur) probantes.

 

Au bilan ? Pour faire le difficile, on peut regretter l’absence d’une vraie batterie. Mais avant tout, on (re-)dĂ©couvre lĂ  un splendide album, un cru de 30 ans d’ñge, sorti de son fĂ»t, rĂ©visĂ© et enrichi par la patience entĂȘtĂ©e de son crĂ©ateur.

 

B. VINCKEN

http://www.progresiste.com/

IOPages No 79 - Hollande (30 avril 2008)

Trocarn is een Frans / Zwitserse progband die in 1977 hun enige gelijknamige album uitbrachten. Sinds 2001 is Christian Fues (gitaar, bas, toetsen, drumprogramming en zang) bezig met een heruitgave van die plaat. In plaats van de originele opnamen op te poetsen, koos hij er voor om de muziek opnieuw op te nemen, gebruik makend van de huidige technologie. Heeft hij hier slim aan gedaan? Nou, ja en nee.

Ik ken de LP niet maar het had me wel leuk geleken om vergelijkingsmateriaal in handen te hebben, bijvoorbeeld in de vorm van een bonus-CD. De muziek ademt nog wel de sfeer uit van de jaren 70, maar het klinkt voor mij op deze manier allemaal net iets té gekunsteld. Twee voorbeelden: de drums komen uit een doosje, de viool in het openingsstuk Le Naïf is gesampled. Ik vind dat een beetje jammer want de muziek is zeer behoorlijk. Het is sterke symfo met mooie melodieën en goed gespeelde instrumentale passages. Zang (van Christian Fues en Melanie Fues) wordt sporadisch ingezet. Van de oude band is, naast Fues, alleen toetsenman Christian Pidoux over en die speelt nog niet eens op alle nummers mee.

 

V ooral een nummer als La Petite Fille de L’Air, dat niet op de LP staat, kent een aantal prachtige onderdelen. Jonathan klinkt jazzy door de toevoeging van saxofoon. Dat had van mij niet zo gehoeven: het overheerst de muziek direct zo. Hoogtepunt is het lange, bijna 21 minuten durende La Paysan dat zeer afwisselend is met gave gitaarsolo’s en een fraai einde. Het is een mooi initiatief om deze sterke muziek weer uit te brengen maar persoonlijk zou ik het toch iets anders hebben gedaan.

 

Paul RIJKENS
http://www.iopages.nl